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Syndicalisme

Sud-Solidaires Ouvrier·e·s agricoles : l'émergence d'un syndicat pour défendre les droits des travailleurs et travailleuses de la terre

Date de publication

830 000 salarié·es, souvent saisonnier·ères, invisibles derrière les chefs d’exploitation. Pendant que la FNSEA et la CR crient fort, les ouvrier·ères agricoles s’organisent dans le syndicat Sud Solidaires. Ils et elles apprennent leurs droits, exigent des fins de mois dignes et refusent de laisser le productivisme briser leurs corps. Une agriculture paysanne, mais sans domination et avec tous les travailleur·euses de la terre.


Alors que les colères paysannes se font entendre avec de plus en plus de force depuis 2024, il devient difficile d'ignorer l'existence des agriculteur.rices et la pénibilité de leur travail.

Mais la production agricole n'est pas uniquement le fruit du travail de ces agriculteur.rices ou chef.fes d'exploitations, c'est aussi celui de toustes les salarié.es de ce secteur, beaucoup moins visibles dans le débat public. Devant cette invisibilisation et des conditions de travail parfois bien en deçà de la légalité, de nombreux.ses salarié.es agricoles s'organisent, se rencontrent, se syndiquent et à leur tour, se font entendre.

Nous sommes aujourd'hui 830 000 salarié.es déclaré.es du secteur agricole (1) - pour environ 430 000 patron.nes - avec des réalités de travail bien différentes, mais souvent précaires car saisonnières. La taille et la récolte des arbres fruitiers et des vignes, la traite et la transformation du lait dans les élevages, la garde des troupeaux pour les élevages estivants, les plantations et récoltes dans les jardins maraîchers, sont autant de pics de travail qui rendent le travail saisonnier indispensable au fonctionnement des fermes. Une fois ces tâches accomplies et nos corps usés, nos contrats saisonniers se terminent, et il est souvent difficile de joindre les deux bouts jusqu'à la saison prochaine.

Tandis que le nombre de chef.fes d'exploitation est en chute libre, nourrissant la concentration de la propriété foncière dans les mains de quelques un.es, la proportion de main-d'œuvre salariée augmente. On assiste à une séparation grandissante entre celles et ceux qui détiennent le capital et la terre, et les autres qui fournissent le travail. C'est particulièrement visible dans certains secteurs comme le maraîchage industriel, l'arboriculture ou la viticulture. Les scandales concernant les mauvais traitements vis-à-vis des travailleur.euses, parfois en situation d'exil, sont désormais récurrents dans ce type d'exploitation. Avec d’un côté la disparition des petites fermes, et de l’autre l’agrandissement de celles qui perdurent, ces situations risquent d'être de plus en plus courantes.

La lutte des ouvrier.ères agricoles s'organise

Face à ces constats, et partant d'une trop faible syndicalisation des ouvrier.ères agricoles, de nombreux groupes se sont formés ces dernières années en Haute Garonne, dans le Jura, en Drôme-Isère, en Bretagne, dans le Tarn, dans le Béarn et en Île-de-France, et constituent désormais des branches agricoles du syndicat Sud Solidaires. À noter également la syndicalisation importante des gardien.nes de troupeaux, notamment au sein de la SGT-CGT, en particulier en Isère, dans les Alpes du Sud, dans les Cévennes et en Ariège. 

On y discute de nos contrats de travail, de prime de précarité, des paliers de rémunération qu'on aimerait faire valoir, des équipements de travail fournis, de la rémunération des jours fériés, des relations humaines et hiérarchiques qui se mêlent souvent, etc. On apprend à mieux connaître nos droits, pour faire respecter ceux qui existent et en acquérir de nouveaux.

Si ce mouvement d'ouvrier.ères agricoles est relativement récent en France métropolitaine, il convient de visibiliser le combat - bien plus ancien - des travailleur.euses agricoles des territoires ultra-marins. Depuis plus de 20 ans, les militant.es martiniquais.es du COAADEP (Collectif des Ouvriers Agricoles et de leurs Ayants-Droits Empoisonnés aux Pesticides) luttent pour obtenir la réparation du préjudice moral et physique causé par l'empoisonnement de leurs sols et de leurs corps au chlordécone, la reconnaissance et l'indemnisation de toutes les maladies professionnelles liées à cet empoisonnement, mais également la dépollution des sols et la fin de la monoculture de la banane. 

Le combat pour une agriculture paysanne, notre mot à dire

Nous nous opposons frontalement au modèle d'agriculture productiviste capitaliste, soutenu par les pouvoirs publics et le syndicat agricole majoritaire (FNSEA). Ce modèle met de nombreux.ses travailleur.euses de la terre dans une situation de détresse intenable et laisse le champ libre à la montée d'idées corporatistes et racistes - représentées par la CR - qui n'ont pas d'issue.

Au contraire, nous défendons un modèle agricole qui produit une nourriture de qualité pour nourrir les humain.es, qui enrichit les sols, protège les cours d'eau et prend soin de toustes les habitant.es de la terre. C'est également le modèle que défend la Confédération paysanne, un syndicat de chef.fes d'exploitation qui se trouvent bien souvent être nos patron.nes. Nous refusons pourtant de taire le rapport de subordination qui nous lie à nos patron.nes et affirmons que la lutte pour une agriculture paysanne doit se faire avec toustes les travailleur.euses de la terre, salarié.es y compris.

Car quel que soit le bord politique de nos patron.nes, nous baignons dans une culture du travail qui considère comme normal de faire des heures gratuites, de porter des charges trop lourdes qui abîment nos corps, de prendre le risque de se blesser à cause d'un matériel inadapté ou défectueux, de tomber malade à cause des produits qu'on utilise. 

Nous questionnons cette culture, bien ancrée dans le monde rural, qui pousse à se faire mal pour se faire bien voir. Comment lutter pour de meilleures conditions de travail et de rémunération quand on sait que nos patron.nes sont aussi en situation de précarité ? Quand on abîme nos corps pour nourrir la société, comment la société prend-elle soin de nous en retour ? Comment on articule la lutte pour un modèle agricole paysan et la lutte des classes entre les travailleur.euses agricoles salarié.es, entre les "petit.es" patron.nes, les grand.es exploitant.es et les agro-industriels ? 

Sur le chemin de nos revendications salariales, on crée des ponts avec d'autres organisations de notre territoire qui luttent pour l'agriculture paysanne, l'écologie et la justice sociale. Ces alliances enrichissent nos réflexions et font émerger de nouvelles perspectives de lutte, pour une agriculture qui n'abîme ni la terre ni nos corps.

Quelques camarades de Sud Agri

 

Tu es salarié.e agricole et tu souhaites nous contacter ? Pour rejoindre un groupe local existant, pour en créer un nouveau, pour partager un témoignage, pour chercher du soutien, etc. Contacte-nous : agriculture.info@listes.solidaires.org

 


Note : 

1. Les chiffres utiles de la MSA, édition 2025. Accès : statistiques.msa.fr