
MARIENIA EZ HUNKI ! Ne touchez pas à Marienia !
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Kanbo / Cambo-les-Bains, Pays Basque, province du Labourd. A vingt kilomètres seulement de la côte Atlantique, la spéculation foncière y fait rage depuis de nombreuses années déjà. À Cambo,elle est amplifiée par l’activité thermale qui accueille des curistes 9 mois par an. Le problème n’est pas d’aujourd’hui, mais depuis 2020 et avec le développement des plateformes Airbnb et Abritel, le nombre de logements saisonniers explos
Environ +30 % de 2021 à 2023, 300 logements basculés vers le saisonnier en 3 ans sur une commune de 6700 résidents. Pour la plupart des habitants, et surtout pour les plus faibles revenus, se loger devient un parcours du combattant.
C’est dans ce contexte explosif que la bataille de Marienia fait rage depuis plusieurs années : 5 ha de prairie, plates comme la main, une denrée rare pour les agriculteurs du coin. Cette parcelle, baptisée Marienia du nom de l’établissement de soins d’à côté, est mitoyenne avec la commune voisine : Itxassou. Mais voilà qu’en 2019, la communauté d’agglomération Pays Basque valide le PLU (Plan Local d’Urbanisme) de Cambo en passant les 3,7ha du plateau de Marienia situés sur la commune, en constructible.
En 2023, elle validera celui d’Itxassou avec les 1,3ha restant en « agricole à préserver » ... Pour la cohérence territoriale, on repassera ! Le parti d’opposition de la municipalité, Nahi Dugun Herria (la Commune que nous voulons), dénonce depuis des années déjà cette proposition de PLU disons … bancale. En effet, pour masquer et compenser cette destruction nette de terres agricoles, des jardins privés du centre urbain ont été classés en agricole. Curieux, non ?
Le fait que le propriétaire des terres de Marienia ait été par le passé co-président de l’Aviron Bayonnais (Rugby) en même temps que le maire actuel de Cambo ne peut faire l’objet d’aucune accusation. Prenez le comme une information banale sur les forces en présence autour de l’autel sacrificiel de ces terres agricoles. Le projet immobilier est déjà sur la table : Bouygues Immobilier veut racheter ces terres pour 3 millions d’euros et y construire un lotissement et des logements sociaux. Alors que Cambo possède encore des terrains constructibles à l’intérieur de la zone urbaine, qui jamais ne seront cultivables, que des établissements de soins demandent à être réhabilités en logements, la mairie s’acharne à vouloir construire à l’extérieur de la ville, restant sourde à toute alternative et tout dialogue. Et au passage, un éleveur perd l’usage de très belles terres agricoles ...
Le CADE Pays Basque (Collectif des Associations de Défense de l’Environnement) et Lurzaindia (Foncière Agricole) lancent des recours juridiques contre le permis de construire et le PLU. Ces procédures nous amènent jusqu’en 2022. Le maire refuse de recevoir les opposants au projet, et en l’occurrence, les acteurs du territoire que sont les paysans. Le syndicat ELB, affilié à la Confédération Paysanne, organise une première manifestation en tracteur, rejoint par la FDSEA. 1000 personnes, 80 tracteurs, la mobilisation est bonne.
En fin d’année, Bouygues Immobilier expose dans une agence à Anglet la maquette du projet de Marienia. Le 17 décembre 2022, une trentaine de militants du collectif OSTIA, nom donné au Soulèvement de la Terre de chez nous, s’introduisent dans l’agence en présence des médias et recouvrent de terre la pauvre maquette, signifiant par là que la parcelle resterait un pré. Quelques jours plus tard, 4 militants sont interpellés chez eux à 6h du matin par des hommes encagoulés puis placés en garde à vue. Le collectif écopera de 2000€ d’amende et 5900€ de dommages et intérêts. Le 10 avril 2024, devant le refus répété de la mairie de Cambo de s’entretenir avec le syndicat ELB, Lurzaindia, le CADE et OSTIA, les paysans envahissent le conseil municipal pour en empêcher la tenue, en présence des médias, en faisant le maximum de bruit avec des bâtons frappés au sol, des cloches de brebis, des casseroles …
Plusieurs minutes passent, mais le maire ne semble pas décidé à suspendre la séance. Le bras de fer est engagé et durera 2 heures ! Oui, 2 heures chronomètre en main, dans un bruit assourdissant obligeant les conseillers municipaux à communiquer entre eux par sms. Le maire affiche enfin à l’aide du vidéo projecteur : « La séance est suspendue ». S’ensuivra à sa sortie une petite bousculade amplifiée par les gendarmes où, sans doute étourdi par le vacarme, il perdra l’équilibre.
Le lendemain, il dira à la presse qu’il n’y a pas eu d’agression, puis changera d’avis une semaine après avec son premier adjoint, sans doute pressé par la préfecture de ne pas laisser passer une telle atteinte à la figure d’autorité qu’il représente. Rebelote, arrestation de 3 manifestants manu militari à domicile, accusés d’agression sur élus de la République, d’entrave à la démocratie et de dégradation du parquet de la salle du conseil.
Les revers juridiques commencent à s’accumuler, tant sur la légalité du projet immobilier (PLU, permis, ...) que sur les sanctions portées aux manifestants. La Communauté d’Agglomération Pays Basque défend son PLU en soutenant que la parcelle n’a que peu de valeur agricole et, malgré les preuves contraires, le mensonge suffira. Dans l’opinion publique, l’affaire est jouée. Mais les travaux n’ont pas encore commencé. Nous essayons de passer par la voie politique à la communauté d’agglomération : un groupe d’élus qui soutient notre cause a demandé à ce qu’un débat ait lieu en assemblée plénière. Le président s’y est engagé, mais sa parole ne vaut rien.
Nous ne pouvons pas rester suspendus à ses lèvres, alors que les parapluies juridiques se ferment un à un. Il nous faut reprendre le récit médiatique en main par l’action sur le terrain. Après quelques mois de gestation, le 30 avril 2025, 2 tracteurs du Syndicat ELB labourent 5000m² de la parcelle de Marienia. Les 5 structures meneuses de la résistance annoncent un chantier participatif le 17 mai, pour y planter et semer des pommes de terres, des courges, du piment doux du Pays Basque, du maïs population et des tournesols géants. Plus de 500 personnes ont participé à cette journée où le serment des bâtons a retenti et où le chantier de plantation en moins d’une heure fut fini, avec un public de tous âges et de tous bords.
Par cette action, nous avons :
- Envoyé un message à la population, aux élus et au promoteur que la lutte est loin d’être terminée et qu’elle pourrait encore s’aggraver sous forme de ZAD si des engins de chantiers arrivaient ;
- Repris l’initiative dans le récit médiatique avec plusieurs chantiers participatifs et une récolte en vue ;
- Montré une résistance constructive, nourricière et collaborative ;
- Tordu le coup à un préjugé populaire tenace qui est qu’une prairie n’est pas de l’agriculture.
- Acquis une expérience collective de résistance sur le terrain sans s’épuiser.
Le potager a germé et poussé en bord de route au yeux de tous, sans engrais et sans arrosage. Fin juillet, le propriétaire de la parcelle vient avec deux membres de sa famille détruire les courges et les piments, couper les maïs et les tournesols déjà hauts et peut-être hautains. Le 2 Août, nous répondons du tac au tac avec un chantier éclair et peu coûteux en fabriquant 25 épouvantails. Les médias montrent les dégâts sur la parcelle ainsi que nos créations artistiques, garantes de la protection des plantations face aux « vautours spéculateurs ». L’opinion publique est reconquise, la presse également. Arrive la récolte des pommes de terre début septembre : 150 personnes présentes pour 2 tonnes récoltées en 1h30 de travail. Une mobilisation encore à la hauteur et un butin qui nous aidera à éponger les frais de justice.
Début Octobre, nous avons semé du blé population « blanc de Savoie » pour occuper la parcelle au moins jusqu’aux élections municipales prochaines qui offriront peut-être un tournant dans cette affaire. Sinon, nous continuerons !