la_lutte_paie
International

La lutte paie : la résistance basque face à l’abattage systématique

Date de publication

Les paysans basques ont subi de longue date les conséquences ravageuses des épizooties. La grippe aviaire a durement frappé les élevages de volailles, en particulier au début des années 2000. Mais lors de la recrudescence de la tuberculose bovine, entre 2010 et 2015, les éleveurs refusent de se soumettre aux abattages sanitaires systématiques imposés par l’État. Face à une administration sanitaire autoritaire, appuyée par la force policière, ils opposent une mobilisation collective, un fort ancrage territorial et un rapport de force assumé. Cette lutte permet l’obtention d’un dispositif sanitaire alternatif et met un coup d’arrêt à une logique d’abattage aveugle.

Entretien avec Panpi Sainte-Marie, secrétaire général du syndicat agricole basque Euskal Herriko Laborarien Batasuna (ELB), affilié à la Confédération paysanne.


Un premier tournant, ça a été la grippe aviaire [entre 2002 et 2005], où l’État a mis en place l’abattage systématique et l’enfermement des animaux. L’État voulait mettre tous les canards à l’intérieur. Nous, on disait non : d’abord parce qu’on vend en direct et que les consommateurs nous font confiance pour l’élevage en plein air ; ensuite parce que ce serait faire souffrir les animaux. Ils voulaient tout tuer : nous, on refusait. On a aussi eu le problème avec la tuberculose bovine [après 2010]. On avait une famille avec une seule vache malade sur une centaine. L’administration exigeait de tout tuer. C’était insupportable pour eux. Ils sont venus voir le syndicat. On leur a dit qu’on les soutiendrait : c’était absurde de vouloir abattre tout le troupeau. [En 2015], on a organisé un mouvement de résistance autour de la ferme. Là encore, ça a créé un rapport de force. On leur a dit : « Non, vous ne passerez pas. » On a fait des chaînes humaines, des gens se sont mis devant la ferme, face aux CRS. Ça, ça nous a fait du bien. Donc il faut réussir ça.

Parce que l’appareil d’État, quand il arrive, c’est administratif, sanitaire, répressif. Tout seul, tu ne tiens pas. Leur pouvoir de dissuasion est énorme. Mais un collectif, ça a une sacrée force de dissuasion aussi. Les premières fois, ils sont venus avec les CRS. Ils ont vu qu’ils ne passeraient pas… et ils ont renoncé. Je me souviens d’un préfet qui m’a dit : « On a compris. On vous a envoyé les flics une fois, deux fois. On ne va pas vous donner les images que vous voudriez. » Donc, à partir de là, ils se sont mis à négocier. Il faut créer le rapport de force. Ce n’est pas évident. Mais une fois que tu l’as, on te respecte.

Grâce à ça, on a pu instaurer un protocole expérimental : ne pas abattre automatiquement, étudier la race locale, analyser cas par cas avec une batterie de tests étalés sur plusieurs mois. On a négocié. On n’a pas pu tout gagner : on a dû accepter un compromis. La moitié du troupeau a été abattue. C’était douloureux, très douloureux. Mais on savait qu’on ne pouvait pas renverser la machine d’un coup. Il fallait « mettre le pied dans la porte ». Derrière ça, il n’y a eu aucun autre cas de maladie. Une seule vache malade sur cent. Ça montre bien l’absurdité de la règle précédente. Depuis quatre ans d’expérimentation, ils n’osent plus venir nous reprocher d’avoir les animaux dehors.

Aujourd’hui, au Pays Basque, c’est clair : si le paysan refuse l’abattage, l’État ne peut plus envoyer les flics pour tuer les bêtes de force. Ils savent qu’on tient bon, qu’on a le soutien de la population. Résultat : on nous fiche la paix. On a gagné ce rapport de force là. Et ce genre de lutte, ça marque les esprits. Quand, au printemps, on a monté les vaches sauvées à l’estive avec la famille, on se disait : « Elles auraient dû être toutes mortes. » Là, tu vois ce qu’a apporté le collectif. Et les gens le savent : si la machine à abattre s’est arrêtée, c’est parce qu’ELB s’est saisi du combat. Et ce qu’on a vécu ici, ça compte, parce que dans d’autres régions — notamment dans l’Est et dans le Sud — il y a eu des abattages très durs, faute d’un mouvement de résistance assez organisé.

Aujourd’hui, la crainte d’un retour des abattages massifs au Pays basque, alors que la DNC sévit chez les voisins du Béarn, entraîne une mobilisation préventive des paysans basques, notamment à travers le blocage de l’A63.

Le reste de l’entretien de Panpi Sainte-Marie ici : https://correspondancespaysannes.org/faire-pays-contre-l-etat-le-syndicat-elb-et-la-lutte-pour-l-autonomie-paysanne-basque